Extrait 2 LMS

 Le début du chapitre 12...

 

 

CHAPITRE 12

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lisa reprit conscience dans une succession d'éclairs de douleur. Une surface dure et rugueuse lui brûlait la peau des bras et des cuisses. Sur son visage, une croute épaisse avait séché, et ses lèvres fendues gardaient le goût âpre du sang. Elle était allongée dans une obscurité totale, ou alors le coup qu'elle avait pris sur le crâne l’avait rendue aveugle. Il n’y avait aucun bruit autour d’elle. Une forte odeur d’humidité imprégnait l’air, comme celle que l’on peut trouver dans une cave.

Elle essaya de bouger ses jambes ankylosées, mais elles étaient attachées à ses poignets dans le dos par un lien serré. Elle se mordit la langue pour ne pas hurler sous la pression exercée sur sa clavicule fracturée. Elle respira par à-coups rapides pour oxygéner son cerveau et ne pas céder à la panique. La joue collée au sol, haletante, elle laissa les ondes de souffrance se dissiper un peu en repliant les jambes vers l’arrière pour relâcher la tension du lien. La tête lui tournait, et elle souhaita s’évanouir à nouveau pour échapper à cette torture.

Mais l’oubli se refusa, la maintenant dans un état de conscience aigu de la réalité. Elle roula sur le côté gauche en serrant les dents, cherchant à limiter le poids sur son épaule droite. Elle se souvenait parfaitement du craquement sinistre qu’elle avait ressenti dans tout son être lorsque le premier coup s’était abattu. Ce type avait cogné avec une rage qui l’avait prise de vitesse. Elle l'avait vu de très près, avait perçu l'odeur aigre de sa transpiration lorsqu'il s'était jeté sur elle avec sauvagerie pour la frapper, mais elle n’avait pas réussi à le reconnaitre. Il n’avait pas dit un seul mot pendant l'assaut, à part des grognements inarticulés accompagnant les coups.

Une atroce migraine lui vrillait les tempes, montant en vagues de plus en plus fortes. Son poignet gauche semblait avoir doublé de volume. Il lui faisait un mal de chien, mais il n'était apparemment pas cassé. Elle tâta les nœuds du bout des doigts, mais son agresseur avait bien serré la cordelette en nylon.

Elle tenta de calmer le sentiment d'angoisse qui lui comprimait le souffle. Il ne l'avait pas tuée, alors qu'il aurait pu le faire sans problème tandis qu'elle était inconsciente. Il n'avait donc pas l'intention de la laisser mourir dans ce trou. Pourquoi l'avait-il épargnée? La violence de l'attaque aurait pourtant pu lui coûter la vie, et cela n'avait pas eu l'air de le freiner. Savait-il qu'elle faisait partie de la police? Il devait s'en douter, mais sans en avoir la certitude. Du moins pas avant de lui avoir pris ses papiers. Le volume de son portefeuille comprimait sa poitrine du côté gauche. S'il l'avait ouvert, pourquoi l'avoir remis à sa place? Il avait certainement paré au plus pressé.

Il était en train de vider la maison de toute trace permettant de l'identifier lorsqu'elle avait perturbé son plan en faisant irruption dans les lieux. Ces traces se trouvaient donc sur place au moment de la visite qu'elle avait opérée avec Daniel. Elle avait tout de suite remarqué la disparition de l'ordinateur et des armes, mais y avait-il autre chose qu'ils n'avaient pas discerné? Franchement, elle ne voyait pas quoi. Ils avaient passé la villa au peigne fin, et seuls ces éléments avaient attiré leur attention. Elle pensa au courrier de Taillard qu'elle avait copié. Avait-il pu s'en rendre compte, et voulait-il l'interroger là-dessus?

Non, il n'avait pas eu assez de temps, puisque l'ordinateur devait être dans sa voiture quand il l'avait frappée. Que voulait-il alors? Elle frissonna à l'évocation d'autres idées, noires comme la nuit de sa prison. Un mouvement incontrôlé de ses jambes la fit crier à nouveau, la douleur submergeant toute pensée.

Quelque chose venait de se coller à sa cuisse. Elle bascula sur l'autre flanc malgré la violence des élancements, une boule de terreur au fond de la gorge. Elle écarquillait les pupilles en vain en tentant de percer l'obscurité qui avait un peu perdu de sa profondeur. Un rai diffus de lumière grisâtre avait fini par apparaître sous ce qui semblait être un meuble. Elle espéra que c'était le lever du jour qui arrivait, et qu'elle y verrait bientôt mieux.

Un bruit furtif se déplaça le long de son corps, et le contact soudain d'une touffe de poils sur le bras droit lui fit dresser les cheveux sur la nuque. Elle allait se faire bouffer par les rats dans ce putain de trou!

Elle essaya de se reculer, mais son dos bloqua sur un objet dur. Les jambes toujours repliées en arrière lui tiraient sur ses mains entravées, et son épaule la brûlait avec une intensité insupportable. L'animal monta lentement jusqu'à son cou, lui griffant la peau tendue des poignets, puis des bras. Lisa tourna la tête de son côté, prête à la saisir avec les dents. Elle n'avait plus que cette solution pour tenter de sauver sa vie face à la créature qui cherchait à l'égorger.

La sueur coulait dans ses yeux, lui brouillant la vue. Mais que faisait cette saloperie? Elle ne l'entendait plus, et cela ne lui plaisait pas du tout. Elle tendait désespérément l'oreille, mais la bestiole ne bougeait plus. La tension des muscles de son buste atteignait un paroxysme qu'elle ne pourrait pas maintenir très longtemps. Déjà, une crampe lui raidissait les tendons du cou, rendant toute tentative de défense illusoire. Elle reposa la tête au sol pour récupérer. Elle pensa alors à sa mère, qu'elle ne reverrait jamais. Elle pensa à Dieu, qu'elle avait toujours nié depuis son enfance, le rendant responsable des aveuglements des hommes qui massacraient en son nom depuis des générations, de quelque origine qu'il soit. Elle pensa à Daniel, qui ne saurait pas où la chercher, et qui de toute façon arriverait trop tard.

Depuis combien de temps était-elle enfermée dans cet endroit? Il était pour l'instant impossible de le savoir.

Un son parvint à son esprit qui s'évadait dans le refus de la mort. Un son qui accompagnait le contact étroit de l'animal venu s'appuyer contre la peau de son cou.

Un flot de larmes jaillit alors de ses paupières fermées. Des soubresauts désordonnés de sa poitrine interrompirent un instant le bruit, qu'elle venait juste d'identifier. Elle pleurait et riait à la fois, à présent indifférente à la douleur qui irradiait son corps tout entier. La petite bête s'était levée, l'observant avec curiosité. Puis elle se roula à nouveau en boule contre Lisa et glissa sa tête entre ses pattes.

Elle s'endormit tranquillement en ronronnant.

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©Jacques Saussey 2010
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